Fragilités et travail
L'entreprise est par définition, le lieu ou l'on construit ensemble. Des expressions comme "développement de projet collaboratif", "chaîne logistique" ..., traduisent la nécessité opérationnelle de liens collectifs. Pourtant, les techniques de "management" des ressources humaines donnent de plus en plus d'importance à la mesure des performances individuelles, elles mettent « en concurrence des individus les uns par rapport aux autres [...] [et] créent des situations dans lesquelles les individus, même s'ils ne le désirent pas, sont en quelque sorte contraints de se vivre comme des êtres gouvernés par les intérêts individuels. Les compétences attendues sont mises à plat, compartimentées, étirées [...]. L'individu a le sentiment qu'on attend tout de lui et qu'il n'a pas droit à l'erreur. Un tel modèle de la performance intériorisé engendre un stress permanent et la sourde crainte de ne jamais pouvoir être à la hauteur ».
Le stress au travail est aujourd'hui identifié : on en connaît les méfaits chez les individus les plus solides. Pourtant aucune réponse ne se fait jour au sein de l'entreprise pour en contrebalancer les effets pervers. Un simple souci d'efficacité devrait conduire à privilégier les lieux et les moments où l'individu puisse se dire et se retrouver. Ces moments de parole vraie, voire de réconciliation semblent encore trop rares. En niant la fragilité inhérente à chacun, ces techniques de management ne risquent-t-elles pas de conduire à une fragilisation et à un gaspillage des ressources humaines ?
Contributions issues des débats :
Management de la fragilité ? >>>
>> Compte rendu de la table ronde