
Depuis sept ans la communauté de L’Arche à Paris propose aux assistants une formation interne, le « parcours célébration ». L’objectif est de préparer des événements, et de s’en redire ensemble le sens. Depuis deux ans, un objectif complémentaire est d’envisager comment associer les personnes accueillies de la communauté à cette préparation puis à l’événement lui-même.
À la suggestion de Louis Pilote, Anne Chabert d’Hières, animatrice du parcours célébration à L’Arche à Paris, a proposé de l’inscrire dans le catalogue de formation national en s’adjoignant les compétences de Maylis De Almeida de la communauté de L’Atre. Toutes deux ont fait le pari d’apporter une variante à cette formation : sont invitées des personnes qui ont l’expérience de vivre avec un handicap et des assistants.
La première des trois sessions du parcours célébration 2011/2012 a eu lieu mi-décembre dans les locaux de L’Arche en France. 8 binômes se sont retrouvés avec Anne et Maylis, pendant deux jours, sur le thème : « célébrer un anniversaire ».
Comment se déroule une session ?
Le travail se déroule en quatre temps :
- Introduction du thème
- Travail en petits groupes : d’un côté personnes handicapées et d’un autre assistants
- Mise en commun et travail en grand groupe.
- Création ensemble d’outils et de supports pour partager avec les membres de sa communauté
Sans oublier tous les temps pour se connaître, goûter le plaisir d’être ensemble et de célébrer concrètement ce qu’on travaille. En l’occurrence, il y a eu plein d’anniversaires fêtés pendant ces deux jours.
Pourquoi faire deux petits groupes séparés personnes handicapées et assistants au lieu de faire des groupes mixtes ?
Pour l’instant, nous sommes trop malhabiles à travailler d’emblée ensemble : en présence d’assistants, les personnes handicapées sont soucieuses de bien répondre, de « faire comme il faut »,… elles oublient de réfléchir. Les assistants sont eux soucieux d’aider la personne, d’être « gentils »… et ils oublient de réfléchir également ! De plus, personnes qui ont l’expérience du handicap et assistants ont des manières différentes de voir et de faire, ils ont des modes d’apprentissage différents et il est important qu’ils puissent approfondir leur approche à leur manière avant de pouvoir la partager. C’est la condition pour qu’ensuite le travail commun soit passionnant.
Comment la mise en commun est-elle vécue par chacun ?
La mise en commun est un moment clef où chacun est invité à oser aller jusqu’au bout de sa pensée, de ses idées (sans se laisser enfermer dans la position de « personne handicapée » ou d’« assistant ».) Chaque idée est matérialisée par un dessin sur un panneau, ce qui permet à chacun de suivre et de se situer dans la conversation plus facilement.
Pour certains assistants, ce partage est une vraie surprise, qui peut être bouleversante ; « Je ne savais qu’il/elle pouvait parler comme ça… ». Il en est de même pour les personnes handicapées : « Je ne pensais pas qu’on pouvait travailler comme ça, penser, réfléchir comme ca.». Tous les participants sont impressionnés de découvrir qu’au-delà des différences d’approche, ce qu’ils pensaient, ce qu’ils anticipaient, les autres pouvaient le partager. Assistants et personnes handicapées découvrent qu’ils peuvent être partenaires dans une même réflexion.
Comment les participants vont-ils rendre compte de leur travail aux membres de leur communauté ?
Les communautés qui font l’effort financier d’envoyer du monde se former ainsi, sont en droit d’attendre un retour. C’est pourquoi notre groupe a produit ensemble des outils pour raconter la session et mettre en œuvre les anniversaires dans la communauté :
- Une présentation powerpoint décrivant l’ambiance de la session (photos et mots)
- Un film de la phase de mise en commun qui introduit l’outil pédagogique
- Un outil pédagogique illustré pour préparer les célébrations d’anniversaire
Chaque participant reçoit les supports en version électronique.
A eux maintenant de rendre compte dans leur communauté de ce qui a été vécu et fait pendant ces deux jours.
En participant ensemble à une même formation, assistants et personnes handicapées prennent conscience qu’au-delà du handicap on peut réfléchir ensemble. Il ne faut pas sous-estimer à quel point la dépendance des personnes handicapées vis-à-vis des assistants et le réflexe d’aide et de pédagogie des assistants vis-à-vis des personnes qui ont une déficience intellectuelle sont des handicaps pour la réflexion commune. Il nous faut les regarder en face pour déjouer les pièges qu’ils sont pour l’élaboration ensemble. C’est une exigence de chaque instant de sortir de ces réflexes afin de réfléchir ensemble. Si la réalité du handicap est réelle, visible, nous devons veiller à ce qu’elle ne conditionne pas notre relation. Nous devons sans cesse veiller à ne pas nous laisser piéger par « l’aide gentille » et solliciter l’autre dans sa pensée, sans peur de sa singularité, pour ensemble porter le projet de L’Arche. C’est une éducation mutuelle.
Célébrer à L'ArcheChristian Salenson, directeur de l’Institut des Religions de Marseille, qui accompagne L’Arche en France dans sa réflexion sur la dimension spirituelle du projet de L’Arche, nous disait en 2008 : « Dis-moi comment tu célèbres, je te dirai comment va ta communauté », car une communauté qui ne célèbre plus court le risque de perdre sa dimension communautaire. |